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 Fluctuat = "Le réalisme poétique au cinéma"

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michel sanvoisin



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Date d'inscription : 11/11/2006

MessageSujet: Fluctuat = "Le réalisme poétique au cinéma"   Mar 23 Sep - 14:18

Suite à la sortie du film "Faubourg 36" de Christophe Barratier, voici un article polémiste sur le webzine Fluctuat concernant le Realisme Poetique au cinéma.
Lien direct ici.
et le copier-coller habituel...

Citation :


La "Qualité française"

Le réalisme poétique au cinéma

Difficile d’y échapper tant la référence est voulue, signalée partout jusque dans les interviews données par l’équipe du film : Faubourg 36 se réclame du réalisme poétique. Comme on n’est pas tous historien du cinéma ni cinéphile, petite explication de la notion et de ce qu’implique son retour aujourd’hui.

- Lire la critique de Faubourg 36

Le réalisme poétique français n’est pas à proprement parler une école ou un mouvement homogène comme le sera plus tard le néoréalisme italien. Il ne réunit pas un ensemble d’artistes mus par un projet commun et systématisé, mais plutôt des auteurs partageant un point de vue et une esthétique similaires qu’on associera au genre. La diversité des cinéastes étalés sur trois générations, de 1921 à 1957, aura permis de rassembler sous la même enseigne des personnalités très différentes. Du fait de cette hétérogénéité représentative d’une unité qui ne s’est jamais constituée en tant que telle, le réalisme poétique peut difficilement être considéré d’un bloc. Si on peut donc définir ses tendances, on ne peut pas parler de règles. Car le spectre est large et varié : de Fièvre (Louis Delluc, 1921) à Madame de… (Max Ophuls, 1953), en passant par L'Atalante (Jean Vigo, 1931), La Belle équipe (Julien Duvivier, 1936), La Bête humaine (Jean Renoir, 1938), Remorques (Jean Grémillon, 1940), Douce (Claude Autant-Lara, 1943), Une si jolie petite plage (Yves Allégret, 1948), Casque d'or (Jacques Becker, 1952), aux emblématiques, Quai des brumes (1938), Le Jour se lève (1939) et Les Enfants du paradis (1945) de Marcel Carné, écrits par Jacques Prévert, les films s’inscrivent davantage dans leur époque et un vaste réseau d’influences et de réactions que par la définition éclairée d’une ligne de conduite.

Lyrisme et dénonciation sociale

Si l’on devait synthétiser cette constellation d’œuvres et d’auteurs, on pourrait dire qu’ils partagent à des degrés divers un même souci de dénoncer l’ordre social, un goût pour la chronique de mœurs et un penchant pour le lyrisme. Double héritiers, de la littérature naturaliste et du cinéma expressionniste allemand (voire américain), ils mélangent à la précision documentaire et sociologique la plus grande sophistication technique. Cinéma de studio (souvent) en quête d’atmosphères qu’on a dites « poisseuses et déprimantes », de rues brumeuses et humides où l’on chante à la gloire des marginaux, le réalisme poétique reflète le témoignage d’un mal de vivre ambiant et pénétré d’incertitude. Une esthétique, poussée parfois jusqu’à l’onirisme, qui veut coller à la nature humaine, aux destins de personnages transformés en protagonistes d’un fantastique social aux références immédiates et concrètes (le Front populaire, la condition des ouvriers, la pauvreté, etc.). D’où cette définition, imposée par l’historien George Sadoul, qui illustre cette exactitude à dépeindre les problèmes de ces contemporains par une stylisation exacerbée et sentimentale. Ce cinéma, qui culminera avec le tandem Carné / Prévert et avec plus de nuances chez Renoir, deviendra alors un modèle admiré à l’international. Il sera l’expression du pessimisme de son temps, de ses mouvements politiques, de ses crises économiques, de ses contestations sociales, tout en étant le digne représentant de l’une des plus brillantes avant-gardes européennes.

Nouvelle vague contre "Qualité française"

Ces films, qui firent la célébrité et la gloire de Jean Gabin, Arletty, Louis Jouvet, Michel Simon, Danielle Darrieux ou de Michèle Morgan ; de plusieurs techniciens alors parmi les plus doués comme les opérateurs Boris Kaufman, Claude Renoir, Henri Alekan, Alexandre Trauner ou Philippe Agostini ; et de scénaristes comme Jean Aurenche, Pierre Bost, Henri Jeanson ou Charles Spaak - ces films qui incarnèrent la « Qualité française », l’ont également conduit à sa perte. Si la beauté des œuvres d’avant-guerre ne fut guère remise en question, celles qui suivirent butèrent contre l’arrivée d’une jeunesse qui ne supporte pas l’immobilisme académique des Carné, Duvivier, Allégret, Grémillon ou Autant-Lara, qui règnent en maître sur le cinéma français d’après-guerre. L’avènement de leur réalisme psychologique, avatar bourgeois du réalisme poétique recyclant ses recettes d’antan, a mis le cinéma français dans une situation exsangue. Incapable de se renouveler, ni de contrer le néoréalisme en phase avec la reconstruction du monde, leurs films condamnent à perpétuer un cinéma suffisant que le jeune François Truffaut fustige en 1954 dans un célèbre article pour les Cahiers du cinéma, « Une certaine tendance du cinéma français ». C’est le moment où les Cocteau, Bresson, Tati, puis Resnais, Varda, Demy, Melville ouvrent la voie d’un renouveau théorique, esthétique et politique. Profitant de la brèche, les jeunes turcs des Cahiers, Truffaut, Godard, Chabrol, Rivette, Rohmer, s’y engouffrent. Ils deviennent la Nouvelle Vague, bien décidé à en finir avec la « Qualité française », ce cinéma de studio fier de ses adaptations de grands classiques. C’est aussi les débuts de la cinéphilie, de la politique des auteurs, un mouvement critique qui aura un impact international. Mais là encore, il faut trier, si la Nouvelle Vague a voulu rompre, elle ne rejette pas tout en bloc, notamment Renoir, un de ses maîtres. Quoiqu’il en soit, il y aura désormais deux camps, et si les frontières ont bougées, la dichotomie perdure.

Une pièce de musée

La portée critique, médiatique et universitaire de la Nouvelle Vague fût si puissante, synchrone avec son époque, sa jeunesse, qu’elle éclipsa le cinéma français d’avant-guerre chez de nombreux cinéphiles – seuls quelques-uns comme Bertrand Tavernier réussiront partiellement à le réhabiliter. Mais si certains films sont devenus des classiques, aujourd’hui rares sont les cinéastes osant se réclamer de Christian-Jaque ou Le Chanois, on leur préférera toujours la modernité d’un Godard. La « Qualité française » est désormais cité par les nostalgiques d’une France et d’un cinéma populaire idéalisé qui ne correspond plus aux aspérités contemporaines, ni même à une quête de classicisme. Le réalisme poétique et ce qui en découle n’est donc pas très vivifiant ni une source d’inspiration évidente. Il est écrasant, daté, maniéré, inimitable peut-être aussi, ce qui ne lui retire pas ses qualités, déjà prouvées par ailleurs. Malgré des exceptions - Renoir, Vigo, Ophuls - ce cinéma ne parle guère aux jeunes auteurs, ni politiquement, ni esthétiquement. On l’observe telle une pièce de musée parfois désuète et éventuellement intéressante d’un point de vue critique. Ainsi quand Faubourg 36 prétend rendre hommage au réalisme poétique, on s’étonne de voir ressortir la notion comme si elle reflétait le seul charme perdu d’une époque, sa tradition et son savoir faire, alors qu’on en retire toutes les nuances, l’exactitude, la signification.

Un passé rassurant

Pour conclure, si se référer à la Nouvelle Vague est devenu une tarte à la crème cinéphilique, la filiation a toujours plus de faveurs que de se réclamer du réalisme poétique (comme si une nostalgie était ouverte et l’autre fermée). Cette perception n’est toutefois pas partagée par tous, notamment ce public en quête perpétuelle d’authenticité et de beaux manèges qu’il croit percevoir derrière la buée d’un passé rassurant. C’est là où Christophe Barratier et sa boîte à images peuvent faire illusion. L’honnête artisan, un peu bourgeois et maniériste, a tout pour séduire mémé avec ses histoires simples et belles comme un sou neuf de brocanteur. A priori rien de très dérangeant d’un point de vue idéologique. Mais à trop tirer sur le rétro, on risque le réflexe cocardier incitant à réhabiliter des films par principe, aveuglément, sans se soucier de ce dont ils témoignent ou de leur diversité. En voulant retrouver l’âge d’or des studios français, le candide Barratier nous invite à se laisser bercer par ce doux parfum d’antan en oubliant que celui-ci sent parfois le rance. Il voudrait ressusciter la « Qualité française », en oubliant que celle-ci a enfanté le plus grand mal que le cinéma français ait connu. Hollywood a aussi ses nostalgiques (Coppola), mais leurs films ont une autre allure et tiennent de plus belles promesses.


Jérôme Dittmar
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